"On ne chasse pas le brouillard avec un éventail" . Ce proverbe japonais plein de sagesse pourrait être employé communément à notre temps tellement nous vivons dans la médiacratie ce qui incite nos politiques à faire tout dans la forme, la vitesse, la précipitation. La matière domine l'esprit comme jamais, la superficalité de l'effet d'annonce prévaut sur le relief de la réalité. Dans le domaine qui nous intéresse, l'insécurité - mais ce qui est vrai pour ce sujet l'est tout autant pour d'autres, comme celui, par exemple, de l'intégration - les politiques se sont succédés mais n'ont jamais eu l'audace ou le courage, excepté quelques parenthèses, de se placer, dans l'intérêt national, au dessus des intérêts partisans . Le tout préventif a forcément laissé place à un retour à l'ordre brutal et au tout répressif, vieux serpents de mer de notre histoire. Côté pile nous offrons en spectacle l'alternance entre le discours électoraliste et démagogique et , côté face, la légèreté , l'angélisme béat. Une problématique sociale et culturelle telle que la lutte contre l'insécurité, car s'en est une, ne se traite qu'avec des spécialistes, au maximum indépendants, et au dessus de toute querelle politicienne. Mais je ne crois pas que la création d'une nouvel hydre technocratique soit la solution. Observatoires, Instituts, nous avons déjà les outils. Faisons simplement en sorte qu'ils puissent être utilisés en toute transparence . Aux spécialistes de faire un état des lieux, un état de l"existant", puis de dégager des pistes d'action et de réflexion pour enfin soumettre ses dernières au peuple et au législateur. La sécurité, s'est l'affaire de tous. Un concept décisionnel dans un domaine sensible n'est efficace que si il est compris et partagé. Plus qu'un bilan statistique, c'est sur l'enracinement social d'une culture de la délinquance qu'amplifient le milieu, la précarité et la misère qu'il faut plancher car les deux sont liés. Une politique d ' élimination sociale (galères, peine capitale, parfois banissement) comme celle pratiquée sous l'Ancien Régime n'a apparement pas réglé le problème de la récidive et encore moins celui de la criminalité. la "tolérance zéro" et le tout carcéral plus contemporains , il faut croire, n'ont pas été un remède très efficace non plus. Le milefeuille législatif ( 4 nouvelles lois et bientôt la 5ème en quatre ans*) dont on ne cesse d'amplifier la hauteur gargantuesque pour apaiser, tout en méprisant le peuple, son appétit parfois simpliste est stupide.
Il est stupide car il est innapliquable, ne serait-ce que par manque de moyens. Le suivi socio-judiciaire, entre autres, programmé par la loi du 17 juin 1998 (plus de dix ans déjà) n'a jamais pu porter ses fruits car les moyens n'ont jamais suivis (absence de médecins coordinateurs, de psychiatres, etc...) . De même, il est un peu facile et ahurissant de désigner les juges en bons lampistes lorsque l'on sait qu'il existe 350 juges d'appliquation des peines pour gérer sur notre sol 250 000 dossiers
Par ailleurs, et tant que l'on fera fi de l'actuelle abîme du tissus social, tant que l'on occultera, comme hier, l'effondrement de la société traditionnelle, la révolution industrielle, l'expansion urbaine , la paupérisation de nos "Cités", on pourra s'agiter, gesticuler, pratiquer la névrose répressive, on ne règlera rien et "l'homo criminalis" aura de beaux jours devant lui.
Incarcération perpétuelle, castration chimique, bracelet électronique, enfermement clinique, bagnes, la noyée judiciaire ne peut être sauvé que si l'on traite le mal à froid, dans son ensemble, sans excés, sans publicité,, mais avec sagesse et professionalisme.
* les dispositions qui existaient dans le Code Pénal sur la récidive en 1994 ont été depuis complétées par les textes suivants : Loi du 12 décembre 2005 relative au traitement de la récidive, loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance, loi du 10 Août 2007 renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs en instaurant notamment des peines planchers, loi du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté, une nouvelle peine privative de liberté, encourrue par certains criminels, réputés dangereux, une fois leur peine accomplie, ....
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